Ces deux jeunes photographes nous proposent leur regard respectif sur la sphère de l'intime. Des intimes. Ces moments souvent invisibles, dans lesquels se glisse le quotidien, dissimulés derrière les murs, les façades d'un chez soi. En toute pudeur, elles photographient des gens, aussi bien leurs proches que des inconnus, qui pris au jeu acceptent de dévoiler furtivement leur intérieur à la fois ordinaire et profondément intime.

in-times, car il s'agit également de nous inviter à penser le temps de l'anodin de ces femmes et hommes, jeunes ou vieux, de ces fumeuses ou couples saisis, marqués d'histoires à inventer, à deviner, et qui pour l'instant s'expose en une image.

La photographie a toujours interrogé le réel, la réalité, dans toutes leurs déclinaisons, du ce que nous voyons, ce qui nous est montré et ce qui nous regarde. Ce parcours nous amène à la vaste question du reflet. Du miroir. Du dedans, du dehors. Perception, déformation et forme de soi – du photographe, du photographié, voire du regardeur – à travers le regard de l'autre, quel qu'il soit.

Reflets et visions de l'intime, de ce qui est en dedans, au fond, suggérant un moment, une chose ou une personne tenu cachée.

« Journaux intimes », écrits autobiographiques qui ne sont pas destinés à la publication.

La « sphère de l'intime », comme pour imager un espace protégé, voire clos.

Une « atmosphère intime », comme un sentiment, une impression aérienne.

L'intime paraît terriblement ordinaire, il s'avère être le lot de chacun, certains en manquent, d'autres le rejettent ou l'occultent, mais il demeure généralement très mal aisé à partager. Il témoigne de notre rapport au corps, à l'espace, à l'autre, celui qui est là, celui qui part, qui passe ou, celui qu'on a choisi, ou pas, de laisser à la porte.

Il s'agit, à travers in-times, d'une invitation au coeur d'un espace et d'un moment où des réalités croisées apparaissent, des intimes dévoilés qu'entremêle Emma Barthère, le temps d'une image, quand celles de Julie Coustarot semblent saisir l'instant d'une « absence » intérieure et floutée, un décrochage du réel, qui tend à inspirer des songes – les siens, ceux de la figure photographiée, les nôtres.

Isabelle Lassignardie