Si Julie Coustarot s'attache à photographier ces individus chez eux, dans leur intérieur, elle saisit systématiquement un espace, un lieu presque désuet – prédominance des couleurs et motifs tapissiers vieillis – parfois semi-détruit, négligé ou laissé à l'abandon. Ces refuges intimes ébréchés, brisés. Une impression de laissé vide, d'absence. Saisir un intime qui vaquerait dans un espace meurtri, manqué ou marqué par le temps.

Les figures, souvent féminines, habitent, parfois floutées, souvent empreintes d'une lumière vaporeuse, voire laiteuse, saisie dans l'instant. De l'air semblent surgir les images. Les flous et lumières révèlent un « ce qui reste » d'un mouvement, du temps et de l'espace. Comme pour tendre vers un atemporel. Le regardeur ne sait avec certitude le temps et l'espace de l'image. Les contours, les limites, le cadre même du sujet photographié semblent au bord de l'imperceptible. Cette incertitude amène le regardeur dans les champs croisés de l'imaginaire, d'un rêve ou d'un songe somnolé et d'un espace, un lieu bien réel et très présent.

S'introduire dans un intérieur, tout en se sentant extérieur, comme un observateur, celui qui regarde sans être vu, ou plutôt celui qui croit voir. Un songe : celui de cette femme, de l'auteur ou bien le notre. Image mentale, aérienne. En suspension. Presque romantique, ou au moins compagne d'un certain souffle de vie qui nous balance de l'apparition à la disparition, du rêve au réel. L'espace et la figure sont alors davantage ressentis que vus, car notre perception est incertaine, indécise et tangue entre être et non être, présence et absence.


Isabelle Lassignardie

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