Emma Barthère / intimes - transferts - autoportraits
Par Isabelle Lassignardie le vendredi 21 septembre 2007, 11:19 - Expositions été 2007 - Lien permanent


Ce qui ressort d'intime des images d'Emma Barthère serait ce moment même où se rencontrent et se croisent la photographe et l'objet-figure photographié. Comme le dévoilement d'un entre-deux qui hisserait l'image au-delà d'un premier degré d'intimité, qui serait celui de l'homme ou de la femme sujet, pour s'inscrire dans le champ propre à la photographe, sa propre sphère personnelle, mentale et émotionnelle.
Quels sont les individus photographiés ? Des hommes, proches ou inconnus, loin des stéréotypes virils et croulant de masculinité. Des femmes, des fumeuses, empreintes d'une certaine dureté. Le noir et blanc dominant.
Ces hommes sont cueillis en intérieur, enveloppés dans un espace physique personnel, souvent épuré et minimal. Pourtant, c'est l'impression d'un intime quelque peu leurré, tout au moins, à la limite du leurre, qui émane de ces scènes. Car elle est présente.
Dans le besoin de saisir ce qui est intime chez l'autre – un lieu, une attitude, un sentiment, une émotion – Emma Barthère œuvre à ce que l'autre l'oubli. Non pas au sens d'un semblant, d'un « je fais comme si j'étais seul(e) ». Elle pénètre dans l'environnement de l'autre, instaure une atmosphère très singulière, joue des contraintes, et propose en partage, sous certains aspects, son intime à elle. Il pourrait s'agir d'un processus de transfert, commun et mutuel.
D'une certaine manière, elle se livre en incitant implicitement l'autre – par sa présence, ses mots, ses cadrages – à effleurer ses propres limites et ainsi permettre à une image, un instant, de se situer dans une zone commune aux deux acteurs. Elle parvient ainsi à se rendre l'intime de l'autre.
Mêler un moment deux intimes, amener le modèle à s'immiscer dans l'espace intime du photographe.
Si un journal peut être intime, ses images relèveraient d'une forme singulière, voire improbable d'autobiographie. Se transposer dans l'autre, dans l'image / reflet de l'autre, dans un va-et-vient, comme un flux partagé qui circulerait entre l'auteur et la figure photographiée. Ainsi une série de translations donnerait forme à une sorte d'autoportrait, à peine perceptible.
Un autoportrait qui demeure. Latent. Sous-jacent à chacun des portraits intimes de l'autre, celui qui n'est pas moi mais qui « ressemble » à ce que je donne ou non à voir.
L'autre
comme filtre intime de la photographe.
Isabelle Lassignardie
plus d'images : www.emmabarthere.com