Ces hommes sont cueillis en intérieur, enveloppés dans un espace physique personnel, souvent épuré et minimal. Pourtant, c'est l'impression d'un intime quelque peu leurré, tout au moins, à la limite du leurre, qui émane de ces scènes. Car elle est présente.

Dans le besoin de saisir ce qui est intime chez l'autre – un lieu, une attitude, un sentiment, une émotion – Emma Barthère œuvre à ce que l'autre l'oubli. Non pas au sens d'un semblant, d'un « je fais comme si j'étais seul(e) ». Elle pénètre dans l'environnement de l'autre, instaure une atmosphère très singulière, joue des contraintes, et propose en partage, sous certains aspects, son intime à elle. Il pourrait s'agir d'un processus de transfert, commun et mutuel.

D'une certaine manière, elle se livre en incitant implicitement l'autre – par sa présence, ses mots, ses cadrages – à effleurer ses propres limites et ainsi permettre à une image, un instant, de se situer dans une zone commune aux deux acteurs. Elle parvient ainsi à se rendre l'intime de l'autre.

Mêler un moment deux intimes, amener le modèle à s'immiscer dans l'espace intime du photographe.

Si un journal peut être intime, ses images relèveraient d'une forme singulière, voire improbable d'autobiographie. Se transposer dans l'autre, dans l'image / reflet de l'autre, dans un va-et-vient, comme un flux partagé qui circulerait entre l'auteur et la figure photographiée. Ainsi une série de translations donnerait forme à une sorte d'autoportrait, à peine perceptible.

Un autoportrait qui demeure. Latent. Sous-jacent à chacun des portraits intimes de l'autre, celui qui n'est pas moi mais qui « ressemble » à ce que je donne ou non à voir.

L'autre comme filtre intime de la photographe.


Isabelle Lassignardie

plus d'images : www.emmabarthere.com